Un regard pouvait changer tout. Mais avec cet apareil ce qui est fini est fini, et là, mon amour, je suis finie. Sois tranquille. On ne se suicide pas deux fois, même si on essaie, on ne peut pas voilà tout. Peut être, pour essayer de dormir à jamais, il me faudrait un revolver. Non...Tu ne me vois pas achetant un revolver! Pourtant mes jours sans toi me semble insurmontable, et mes nuits... Où trouverai-je la force de combiner un mensonge, mon pauvre adoré? Pourquoi mentir? Aucune force au monde ne peut mentir sans regrets J'aurai dû avoir la force. Il y a des circonstances où le mensonge est utile. Toi, si tu me mentais pour rendre la séparation moins pénible, je te pardonnerai. Je ne dis pas que tu mentes. Je dis: si tu mentais et que je le sache. Si ,par exemple, tu n'étais pas chez toi et que tu me dises que tu y étais. Non, non mon chéri! Ecoute moi! Je te crois tu sais, tu es le seul que je crois. Je n'ai pas voulu dire que je ne te croyais pas, je voulais juste te faire comprendre que... Excuse moi... Pourquoi te faches tu? Si, tu prend un voix méchante. Je disais simplement que si tu me trompais par bonté d'âme et que je m'en aperçoive, je n'en aurais que plus de tendresse pour toi, tu comprends? Allô! Allô! Je t'aime, réponds moi... Allô! Mon amour... (Elle racroche en disant bas et très vite) Mon Dieu, faites qu'il me redemande. Mon Dieu, faites qu'il me redemande. Mon Dieu, faites qu'il me redemande. Mon Dieu, faites qu'il me redemande. Mon Dieu, faites... (On sonne. Elle décroche) On avait coupé. J'étais en train de te dire que si tu me mentais par bonté et que je m'en apercoive, je n'en aurais que plus de tendresse pour toi, tu comprends? Je ne serai que plus touché par toi. Bien sûr, je souffrirai sans doute...
Tu es fou! Oui... Mon amour, tu es un peu fou, et c'est surement pour çà que je t'aime; mon cher amour je ne pourrai vivre sans toi, cela m'est impossible ( Elle enroule le fil autour de son cou) Je ne peux vivre sans savoir que tu pense à moi, que tu tiens à moi. Je sais bien qu'il le faut, mais c'est atroce, je ne le peux pas. Jamais je n'aurai le courage, je ne survivrai pas. Oui. On a l'illusion d'être l'un contre l'autre et brusquement on met des caves, des égouts, toute une ville entre soi et le monde nous sépare. Tu te souviens d'Yvonne qui se demandait comment la voix peut passer à travers les tortillons du fil. J'ai le fil autour de mon cou. J'ai ta voix autour de mon cou, je l'entends me berçait, comme si tu étais près de moi, comme toujours, comme avant. Il faudrait que le bureau nous coupe par hasard, pour qu'encore une fois le monde nous sépare. Oh! mon chéri! Comment peux-tu imaginer que je pense une chose si laide? Je sais bien que cette opération est encore plus cruelle à faire de mon côté que du tien mais moi comprends moi je ne peux pas survivre, je ne veux pas non, je vais mourrir non, non je vais m'en aller, pour toujours, partir, loin... A Marseille? Pourquoi à Marseille, je disais que JE devais partir. Ecoute, chéri, puisque vous serez à Marseille après demain soir, je voudrais juste que tu viennes, enfin j'aimerai que tu passes me voir, pour me dire que tu m'aimes encore, malgré tout, malgré çà. J'aimerai que tu ne descende pas à l'hotêl où nous descendons d'habitude. Tu n'es pas faché? Tant mieux. Parce que les choses que je n'imagine pas n'existent pas, ou bien, elles existent dans une espèce de lieu très vague et qui fait moins mal que l'amour, tu comprends? Je pense que ce sera le dernier lieu que nous visiterons ensemble, j'aimerai que ce soit magique. Merci, encore une fois merci. Tu es bon. Je t'aime. Attends, je dois partir maintenant. (Elle se lève et se dirige vers le lit avec l'appareil à la main) Alors voilà je vais m'endormir, voilà ne t'inquietes pas. J'allais dire machinalement: à tout de suite mais on ne peut pas. J'en doute, çà me désole! On ne sait jamais, peut être qu'elle dormira et que tu t'aventueras jusque chez moi. Oh! Ne viens pas c'est mieux. Beaucoup mieux, ne vient pas, on attendra, un peu. ( Elle se couche sur le lit et serre l'appareil dans ses bras) Mon chéri, je te laisse. Mon beau chéri, je te quittes à présent. Je suis brave. Dépêche-toi. Vas-y. Coupe! Coupe vite! Coupe! Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime. A jamais, je t'aime. Pour toujours. Et pourtant... Je m'en vais.


